La renaissance, à plusieurs milliards de dollars, d'un chemin de fer de l'époque coloniale, qui achemine le cuivre et le cobalt de la ceinture cuprifère congolaise vers l'Atlantique, et l'épreuve de vérité d'un corridor minier : peut-il servir les communautés qu'il traverse ?
Soutenu par l'Union européenne et les États-Unis, le Corridor de Lobito réhabilite près de 2 000 kilomètres de l'ancien chemin de fer de Benguela pour acheminer les minerais critiques de la République démocratique du Congo et de la Zambie vers le port angolais de Lobito, sur la côte atlantique.
C'est l'un des plus grands paris occidentaux sur les infrastructures en Afrique depuis une génération. Nashiriki le suit parce que sa promesse, comme ses risques, retombent directement sur les communautés minières de la RDC, là où sont basées les championnes avec lesquelles nous travaillons.

La colonne vertébrale du corridor est le Lobito Atlantic Railway, une concession de 30 ans portant sur environ 1 300 kilomètres de voie angolaise existante, du port de Lobito jusqu'à Luau, à la frontière avec la RDC. Un consortium réunissant Trafigura, Mota-Engil et Vecturis détient la concession d'exploitation, et l'itinéraire se prolonge vers les régions minières de la RDC et de la Zambie.
La ligne d'origine, achevée à l'époque coloniale, a longtemps acheminé le cuivre katangais vers l'Atlantique avant que des décennies de guerre et de délabrement ne l'arrêtent. Le projet actuel réhabilite la voie, le matériel roulant et le port minéralier de Lobito, et s'accompagne d'un projet d'extension ferroviaire neuve vers la Zambie.
Africa Finance Corporation a agi comme co-conseiller financier de la concession angolaise.
En décembre 2025, la US International Development Finance Corporation a signé un prêt de 553 millions de dollars pour le chemin de fer, aux côtés de 200 millions apportés par la Banque de développement d'Afrique australe, soit un montage de 753 millions de dollars au total. L'investissement devrait multiplier par dix environ la capacité du port de Lobito, vers 4,6 millions de tonnes par an, et réduire jusqu'à 30 % le coût d'acheminement des minerais critiques.
Washington ne s'en cache pas : le corridor est un choix stratégique, qui vise à sécuriser les chaînes d'approvisionnement en minerais critiques et à se détourner des routes contrôlées par la Chine. L'Union européenne le soutient via son Global Gateway, et la relance par la Chine du chemin de fer rival TAZARA, vers l'océan Indien, est largement perçue comme la contre-manœuvre.
Pour Lobito, une route plus rapide et moins chère vers l'Atlantique. Pour les grandes puissances, une lutte pour savoir qui transportera les minerais de la transition énergétique.


Un corridor de cette ampleur peut réduire les coûts de transport, faciliter la circulation des personnes et des biens et, s'il est plus qu'un simple tapis roulant à minerais, améliorer la sécurité alimentaire tout au long de son tracé. Ce sont des possibilités réelles pour des communautés qui ont longtemps supporté les coûts de l'exploitation minière sans en récolter les fruits.
Il existe aussi des risques immédiats. Une enquête de Global Witness publiée en décembre 2025, menée avec des partenaires de la société civile congolaise et zambienne, a estimé que la réhabilitation de la ligne près de Kolwezi pourrait exposer jusqu'à environ 1 200 bâtiments, soit près de 6 500 personnes, à un risque de déplacement, les quartiers les plus modestes étant en première ligne.
Tout dépend en grande partie d'un différend non résolu sur la largeur de la zone tampon de la voie : dix mètres selon les plans de l'exploitant, vingt selon la loi congolaise, vingt-cinq selon les autorités locales. L'enquête a constaté que ces cinq derniers mètres suffiraient presque à doubler le nombre de personnes menacées d'expulsion.
Depuis sa base, au cœur de la ceinture du cuivre et du cobalt, La Sentinelle des Ressources Naturelles est l'une des voix congolaises qui rappellent au corridor sa promesse de développement. Son directeur, Jean-Pierre Okenda, porte le dossier jusque dans les enceintes où se décide l'avenir du corridor.
Le Corridor de Lobito pourrait améliorer la sécurité alimentaire et faciliter la circulation des personnes et des biens. Mais, dans les plans actuels, nous en sommes loin. Le corridor doit être un projet intégré, avec des investissements dans des infrastructures essentielles comme l'électricité et l'agriculture, pour le bénéfice réel de la population locale.Jean-Pierre Okenda, directeur exécutif de La Sentinelle des Ressources Naturelles
La Sentinelle a contribué à l'enquête de Global Witness sur les déplacements en tant que partenaire congolais de la société civile, et Okenda a porté l'exigence de transparence au forum régional de l'ITIE à Lusaka ainsi qu'au lancement de son rapport sur les minerais stratégiques : là où les études de faisabilité et les plans d'investissement restent fermés, prévient-il, le scepticisme grandit et la confiance du public s'érode.
La position de l'organisation n'est pas l'opposition, mais un soutien conditionnel. À la DRC Mining Week 2026 de Lubumbashi, lors d'un panel réunissant l'agence congolaise de l'environnement, la GIZ et l'ITIE, La Sentinelle a présenté le corridor comme un possible catalyseur de chaînes d'approvisionnement responsables, à condition que son développement soit bâti autour des communautés plutôt qu'autour de la seule extraction.
Respecter le droit à l'information et la participation des communautés locales, ces garde-fous que les plans actuels laissent trop minces.
Dépasser un modèle purement extractif pour aller vers la transformation locale, afin que les minerais soient travaillés, et pas seulement expédiés.
Intégrer les enjeux environnementaux et sociaux dès le départ, en Angola, en RDC et en Zambie, une exigence que l'équipe juge d'une extrême urgence.
Réorienter l'agriculture le long de la voie vers des coopératives durables plutôt que vers une agriculture industrielle qui dégrade l'environnement et les droits des communautés.
Nashiriki rend visible et connecté le travail de la société civile congolaise. La Sentinelle mène cette vigilance sur le terrain : contactez l'équipe pour collaborer sur la gouvernance du corridor, ses communautés ou ses chaînes d'approvisionnement.